La nappe de brut est arrivée en Louisiane, sur les côtes. Rien de plus à dire, même si ça fait des années que je n’ai plus de voitures, qu’on se déplace en train le plus souvent et que le plastique (dans la mesure du possible) est banni de mes habitudes de vie au profit de matériaux durables. J’essaye d’être raisonné. Mais pourquoi parler de pétrole alors qu’on dirige une maison de disque ?
Facile : le polycarbonate ! C’est le constituant principal d’un CD avec un peu de verre à l ‘intérieur. Le polycarbonate est une forme de plastique, un produit directement dérivé du … pétrole. Il y a quelques mois l’industrie du disque s’inquiétait de la hausse du baril de brut et s’imaginait déjà être obligé d’augmenter les prix des CD …
Depuis plusieurs années, nous militons à Ocean Music pour une consommation raisonné de ce support qui ne se recycle pas et va remplir les déchetteries d’un produit qu’on nous a vendu “éternel” et qui donc se dégrade très lentement. Imaginez ce qui arrive au dernier disque de votre artiste préféré lorsque il est vendu à 1500 copies alors que la maison de disque en a fabriqué 10 000 ? Pour vous donner une idée 100 CDs c’est environ 5 à 6 kg. On déclare à la SACEM un certificat de destruction et les 600 kgs partent à la poubelle. Il y a quelques mois près d’une grande salle parisienne ou je me rendais à un festival, un grand label spécialisé dans la musique française qui ressemble à du folk américain venait juste de lâcher dans la poubelle des centaines et des centaines de CD, voilà ce qui arrive tous les jours sans compter les CDR, les CD d’entreprise etc.
Il y a quelques jours après des mois de test nous avons inauguré notre service promo numérique : avant d’envoyer un CD à chaque journaliste, radio ou chroniqueur musique en Europe (on a 4300 contacts environ), ceux-ci peuvent aller écouter ou télécharger l’album et les artcovers en haute qualité grace à un espace pro mis à leur disposition. Les raisons économiques et écologiques sont évidentes. Je reçois un mail d’un ex grand monsieur des radio indépendantes qui me tenait tout un discours sur le support en m’expliquant qu’il recevait encore des tonnes de CD à écouter et que sans CD on passerait pas notre musique sur sa radio…
Je pense à lui aujourd’hui quand je vois qu’une nappe de pétrole qui à la couleur de la merde, qui est aussi grosse que la Corse et va détruire une région entière. Je le vois en train de fulminer contre le pétrolier et continuer à “avaler du pétrole” pour satisfaire son plaisir et son rapport à l’objet.
On ne peux pas se passer du support pour le moment pour des raisons qui ne sont pas assez radicales à mon goût mais nous utilisons des cartons recyclés pour les pochettes, on évite souvent de les envelopper dans un film plastique, on ne fait pas vernir les supports et surtout nous ne produisons pas plus de CD que nécessaire.
Tomek
23 mai 2010
démarche très intéressante que de restreindre l’objet au strict nécessaire, il est juste plus difficile en tant qu’artiste de démarcher juste en donnant un lien pour télécharger des musiques et EPK.
eole17
24 mai 2010
C’est pas “l’objet musical”, qui n’est qu’un “produit culturel” que je veux remplacer, c’est le CD, le rapport qu’on entretien avec cet objet est devenu simplement pathologique d’une société qui a peur du moindre changement. Il a fallu pas mal d’années à l’industrie pour imposer le CD, cela ne s’est pas fait en un jour. 7 ou 8 ans avant que les majors, les distributeurs, les fabricants, les détaillants (fnac pour pas la nommer en France) donc l’industrie tout entière décident d’enterrer le vynil. Il faut arrêter de confondre l’artiste, son oeuvre et le support.
Je ne crois pas que ce soit si difficile de démarcher, on reçoit beaucoup de mails et on a effacé notre adresse du site parce qu’on recevait tellement de CD qu’il aurait fallu la journée entière pour les écouter chacun et ensuite …. les jeter à la poubelle. En revanche, cela induit que les artistes doivent nous séduire sur un, deux ou trois titres….