Plan de carrière et artistique …

Publié le3 juin 2010

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- Allo ? Julie ? On aimerait t’emmener en tournée avec nous à la rentrée, avec Camille (Helluvah) et peut-être une autre artiste française. Tu en penses quoi ?

- Gééééénial, je viens !

Julie Peel est une fille chouette comme on en fait plus, elle vit à New York et sa musique s’est retrouvée propulsée dans différents séries américaines, très vite la frenchy née à Cannes est adoptée par une communauté de songwriters et elle partagera dans quelques jours l’affiche avec Tanya Donely et Jenny Owen Youngs au Joe’s Pub de New York, partager n’a pas le même sens en France on le sait tous. Julie Peel n’a pas de plan de carrière, elle veux juste que son artistique sonne juste, au plus près de ses envies, ce qu’elle veux elle le sait parfaitement et je n’ai pas besoin de le lui demander pour le savoir : elle rêve de faire le plus bel album du monde et peut-être adopter un kangourou.

Entre temps, j’envoie un mail à une autre artiste pour notre mini tournée, une fille que je connais depuis des années et la réponse ne se fait pas attendre : c’est un oui franc, on échange même sur le fait que je pourrais être le roady (je sais conduire et plutôt bien). Je prends donc contact avec son équipe pour les détails…. et en 30 secondes les choses se compliquent…. la réponse officielle tel l’eurovision et ses points bidons  “il a été décidé que mon artiste privilégierait les premières parties avec des artistes d’envergure (on me donne des noms mais je préfère pas les donner) et qu’elle éviterait de faire des plateaux communs trop féminins ou à forte connotation “lesbiennes”. C’est ce qui a été convenu avec le tourneur, le manageur qui espère bien un jour que son investissement de temps va lui rapporter, me l’explique avec un sérieux désarmant. Je m’insurge un poil et j’oppose l’artistique, les valeurs de l’artiste… blah blah blah. Mais moi je n’entends rien aux PLANS DE CARRIERE … en dix ans de musique, des plans de carrière j’en ai vu défiler autant que de jolies minettes avec des guitares, on pourrait écrire un bréviaire avec le nom de toutes ces artistes disparues…

Depuis la crise, les indépendants ont l’impression qu’ils vont conjurer le sort en utilisant les armes d’un défunt business qui ne fonctionne qu’une fois sur cinq. On parle plan de carrière, plan marketing, image etc. Un éditeur il y a quelques jours lorsque je l’invitais à venir nous visiter ‘en province’ m’a objecté une notion de ‘productivité’ !!!! Au secours, le navire est fou ….Charlotte et moi on s’est regardé et on a explosé de rire. Même le stagiaire s’est marré.

Mais est-ce que Likke Li a eu un plan de carrière avant de faire 20 000 plays par jour sur myspace ? Est-ce que les Bat for Lashes quand elles ont enregistré leur vidéo de “what’s a girl to do” ont pensé à leur développement ? La musique sort ou ne sort pas. Les Arctic Monkeys ne se sont pas posés toutes ces questions, ils ont joué joué joué et sorti un disque. J’ai travaillé avec une Islandaise  qui multiplie les plans de carrière à chaque album et dont le premier disque est un dico de “name dropping”.  On lui a dit de faire de la pub : elle l’a fait, on lui a dit d’envahir le marché d’abord sur le net : elle l’a fait, on lui a dit qu’il fallait qu’elle se démarque elle l’a fait… ça n’a toujours pas décollé.

Qu’en est-il du désir profond qui crée le lien ? Il faudrait donc oublier l’envie de partager de bons moments au profit d’un business et de sa propre image ? Rester proche des autres nous permet de nous sentir vivant. Pour un artiste être proche de sa communauté lui offre un soutien sans faille qui lui permet de se développer. Se couper de ses racines et de ses désirs  projette l’artiste dans un océan de désespoirs quelle que soit la carrière qui en suit… et c’est bien dommage.

- Allo Lady G ? on part en tournée à la rentrée avec des copines, tu fais quoi …

- Rien pour le moment, j’ai un concert à Bilbao … mais elle est jolie ta copine Camille ?

(to be continued…)

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